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Guide TVA micro-entrepreneur gestion #67 : conseils pratiques

Gestion de la TVA pour les micro-entrepreneurs et auto-entrepreneurs. Fiche pratique numéro 67 avec exemples et solutions concrètes.

La TVA pour les micro-entrepreneurs repose sur un principe simple : tant que vous restez sous les seuils de franchise en base, vous ne facturez pas la TVA et n’en collectez pas. Mais dès que vous dépassez ces plafonds — ou que vous optez volontairement pour le régime TVA — les règles changent radicalement. Ce guide pratique vous explique tout ce que vous devez savoir pour gérer la TVA sereinement en 2025-2026.

Qu’est-ce que la franchise en base de TVA pour un micro-entrepreneur ?

La franchise en base de TVA est le régime par défaut de la micro-entreprise. Elle vous dispense de collecter et de reverser la TVA à l’État. En contrepartie, vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos achats professionnels.

Sur vos factures, vous devez obligatoirement mentionner la mention légale : “TVA non applicable, art. 293 B du CGI”. Sans cette mention, vous risquez un redressement fiscal.

Ce régime est avantageux pour les activités B2C (particuliers) où la TVA est invisible pour le client. Il devient moins intéressant si vous achetez beaucoup de matériel professionnel.

Quels sont les seuils de TVA applicables en 2025 ?

Les seuils de franchise ont été révisés au 1er janvier 2025. Deux niveaux coexistent : le seuil de tolérance et le seuil de dépassement immédiat.

ActivitéSeuil de franchise 2025Seuil de toléranceAssujettissement immédiat
Vente de marchandises85 000 €93 500 €Dès dépassement du seuil haut
Prestations de services37 500 €41 250 €Dès dépassement du seuil haut
Activités mixtes85 000 € (dont 37 500 € services)VariableIdem
Avocats, auteurs, artistes50 000 €55 000 €Dès dépassement

Point important : si vous dépassez le seuil de tolérance (colonne 3), vous devenez redevable de la TVA dès le premier jour du mois de dépassement. Pas à partir du 1er janvier suivant.

Retrouvez le détail complet des plafonds applicables dans notre article TVA Auto-Entrepreneur : Seuils de Franchise et Déclaration.

Comment savoir si vous allez dépasser le seuil de TVA ?

Il faut surveiller votre chiffre d’affaires sur les 12 derniers mois glissants, pas uniquement sur l’année civile. C’est une erreur très fréquente.

Exemple concret n°1 — Avril 2025 : Julie est graphiste freelance (prestations de services). Elle réalise 3 200 € par mois depuis janvier 2024. En avril 2025, son CA cumulé sur 12 mois glissants atteint 38 400 €. Elle vient de dépasser le seuil de 37 500 €. Elle doit s’immatriculer à la TVA dès le 1er avril 2025.

Pour éviter les mauvaises surprises, voici les bons réflexes :

  • Tenez un tableau de suivi mensuel de votre CA sur 12 mois
  • Paramétrez une alerte à 80 % du seuil (soit 30 000 € pour les services)
  • Consultez votre comptable ou un conseiller dès les premiers signaux
  • Anticipez la facturation de novembre-décembre si vous approchez du plafond

Comment déclarer et payer la TVA quand on devient redevable ?

Une fois assujetti à la TVA, vous devez vous immatriculer auprès de votre Service des Impôts des Entreprises (SIE). Cette démarche se fait sur le site impots.gouv.fr via votre espace professionnel.

Vous obtiendrez un numéro de TVA intracommunautaire au format FR + 2 chiffres clés + SIREN.

Les taux de TVA applicables en France en 2025 :

  • 20 % : taux normal (prestations de services, marchandises standard)
  • 10 % : taux intermédiaire (restauration, travaux de rénovation)
  • 5,5 % : taux réduit (alimentation, livres, abonnements énergétiques)
  • 2,1 % : taux super-réduit (presse, médicaments remboursables)

La périodicité de déclaration dépend de votre chiffre d’affaires :

  • CA inférieur à 15 000 € de TVA annuelle → déclaration annuelle (régime simplifié)
  • CA supérieur → déclaration mensuelle ou trimestrielle (régime réel normal)

Peut-on opter volontairement pour la TVA sans dépasser les seuils ?

Oui, c’est tout à fait possible et parfois stratégique. L’option volontaire est irrévocable pour une durée minimale de 2 ans.

Exemple concret n°2 — Consultant B2B : Marc est consultant en stratégie digitale. Tous ses clients sont des entreprises (B2B). Son CA annuel est de 28 000 €, sous le seuil. Il achète pour 6 000 € HT de matériel et logiciels par an, soit 1 200 € de TVA à 20 %. En optant pour la TVA, il récupère ces 1 200 € et facture ses clients en TTC — sans impact pour eux (ils déduisent la TVA de leur côté). Gain net : 1 200 € par an.

L’option volontaire est rentable si :

  • Vos clients sont majoritairement des professionnels (TVA récupérable)
  • Vous avez des achats professionnels importants et réguliers
  • Vous prévoyez d’investir (matériel, véhicule, bureau)

Elle est déconseillée si :

  • Votre clientèle est composée de particuliers (la TVA renchérit votre prix)
  • Vos charges sont minimes (services intellectuels purs)
  • Vous êtes proche des plafonds de la micro-entreprise

Pour aller plus loin sur les subtilités de facturation, consultez TVA Auto-Entrepreneur : Quand et Comment la Facturer ?.

Comment gérer concrètement la TVA au quotidien ?

La TVA collectée ne vous appartient pas. C’est une erreur mentale coûteuse de la considérer comme du revenu.

Exemple concret n°3 — Prestataire de services, régime mensuel : Sophie facture 5 000 € HT en janvier 2026. Elle ajoute 20 % de TVA, soit 1 000 €. Elle encaisse donc 6 000 € TTC. Mais les 1 000 € doivent être reversés à l’État. Son revenu réel est bien de 5 000 € HT (moins les charges URSSAF calculées sur le CA HT).

Les bonnes pratiques de gestion TVA :

  • Ouvrez un sous-compte dédié ou provisionnez chaque mois la TVA collectée
  • Déduisez immédiatement la TVA sur vos achats (factures fournisseurs avec TVA)
  • Conservez toutes les factures d’achat pendant 6 ans
  • Utilisez un logiciel de facturation compatible TVA (Freebe, Henrri, Indy…)
  • Déclarez même en cas de TVA nulle (déclaration à zéro obligatoire)

Quelles sont les erreurs TVA les plus fréquentes chez les micro-entrepreneurs ?

Beaucoup de micro-entrepreneurs commettent des erreurs qui peuvent coûter cher lors d’un contrôle fiscal.

Erreur n°1 : Oublier la mention “TVA non applicable” Sans cette mention sur les factures en franchise, l’administration peut requalifier vos factures comme devant inclure la TVA. Résultat : vous devez payer la TVA de votre poche sur les 3 dernières années.

Erreur n°2 : Mal calculer le seuil de dépassement Beaucoup regardent uniquement le CA de l’année civile. Or c’est le CA des 12 mois glissants qui compte. Un micro-entrepreneur avec 36 000 € de CA en 2024 puis 2 000 € en janvier 2025 peut techniquement dépasser si les mois de février à décembre 2024 ont été très chargés.

Erreur n°3 : Ne pas ajuster les factures dès le mois de dépassement Le basculement TVA est rétroactif au premier jour du mois de dépassement. Toutes les factures émises depuis ce jour doivent inclure la TVA — même si vous ne l’avez pas encore détectée.

Erreur n°4 : Confondre CA HT et CA TTC pour les plafonds micro-entreprise Les seuils de la micro-entreprise (77 700 € services / 188 700 € ventes en 2025) s’apprécient en HT une fois que vous êtes assujetti à la TVA. Cela change le calcul de votre marge de manœuvre.

Pour comprendre comment la TVA s’articule avec vos plafonds globaux de micro-entreprise, lisez Plafonds Auto-Entrepreneur en 2025 : Ce Qui Change.

Quel logiciel choisir pour gérer la TVA en micro-entreprise ?

Le bon outil fait toute la différence. Un logiciel inadapté vous fera perdre du temps et générer des erreurs.

LogicielPrix mensuelTVA incluseDéclaration autoPublic cible
Indy0 à 29 €✅ Oui✅ OuiTous secteurs
Freebe9 à 19 €✅ Oui❌ ManuelFreelances
HenrriGratuit✅ Oui❌ ManuelDébutants
Zervant0 à 25 €✅ Oui❌ ManuelArtisans/commerçants
Pennylane39 à 79 €✅ Oui✅ OuiCroissance rapide

Les critères déterminants pour votre choix :

  • Connexion bancaire automatique (gain de temps)
  • Export compatible EDI pour la déclaration TVA en ligne
  • Gestion des taux multiples si activité mixte
  • Alertes de seuils configurables

Comment récupérer la TVA sur ses achats professionnels ?

Dès que vous êtes assujetti, vous pouvez récupérer la TVA sur vos achats et investissements professionnels. C’est la TVA déductible.

Les conditions pour déduire la TVA :

  • L’achat doit être strictement professionnel (ou proratisé si usage mixte)
  • Vous devez détenir une facture au format légal avec le numéro de TVA du fournisseur
  • La déduction intervient sur la déclaration du mois d’acquisition (ou de paiement pour les services)

Ce que vous pouvez déduire : matériel informatique, mobilier de bureau, logiciels, frais téléphoniques pro, abonnements professionnels, carburant (sous conditions), sous-traitance…

Ce que vous ne pouvez PAS déduire : logement (sauf bureau dédié), repas d’affaires (50 % seulement), véhicule de tourisme (sauf taxis, auto-écoles…).


Questions fréquentes

Quand exactement dois-je commencer à facturer la TVA après dépassement du seuil ?

Vous devez facturer la TVA dès le premier jour du mois civil au cours duquel vous avez dépassé le seuil de tolérance. Si vous dépassez le 15 mars, toutes vos factures de mars doivent inclure la TVA, y compris celles émises avant le 15.

Est-il possible de rester en franchise TVA toute sa carrière de micro-entrepreneur ?

Oui, si votre chiffre d’affaires reste sous les seuils chaque année. Beaucoup de micro-entrepreneurs en prestations de services restent toute leur activité sous les 37 500 €/an et ne touchent jamais à la TVA. La franchise est un avantage pérenne, pas un régime temporaire.

La TVA collectée entre-t-elle dans le calcul des cotisations URSSAF ?

Non. Les cotisations URSSAF sont calculées sur le chiffre d’affaires hors taxe. La TVA collectée est neutre pour vos charges sociales. Veillez simplement à bien facturer en distinguant le montant HT, la TVA et le TTC sur chaque facture.

Que se passe-t-il si je reverse la TVA en retard ?

Un retard de déclaration ou de paiement entraîne des pénalités : majoration de 5 % du montant dû, plus intérêts de retard de 0,20 % par mois. En cas d’absence de déclaration, l’administration peut procéder à une taxation d’office. Il vaut mieux déclarer à zéro que ne pas déclarer.

Dois-je modifier mes conditions générales de vente quand je bascule en TVA ?

Oui, absolument. Vos CGV doivent mentionner si vos prix sont indiqués HT ou TTC. En B2B, l’usage est de facturer HT avec TVA apparente. En B2C, la loi impose d’afficher le prix TTC. Mettez à jour tous vos supports commerciaux (site web, devis types, bon de commande) dès le mois de basculement.

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