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ACRE Auto-Entrepreneur : Exonération de Charges la Première Année

L'ACRE pour auto-entrepreneurs. Conditions d'éligibilité, montant de l'exonération, demande.

Qu’est-ce que l’ACRE pour les auto-entrepreneurs ?

L’ACRE — Aide à la Création ou à la Reprise d’une Entreprise — est l’un des dispositifs les plus avantageux dont peut bénéficier un auto-entrepreneur à son lancement. Concrètement, elle permet une exonération partielle de charges sociales pendant la première année d’activité, ce qui représente une bouffée d’oxygène financière non négligeable lorsque l’on débute.

Depuis sa réforme en 2020, l’ACRE auto-entrepreneur a été recentrée sur un public plus ciblé. Il ne suffit plus d’immatriculer une micro-entreprise pour en bénéficier automatiquement : certaines conditions doivent être remplies, et la demande doit être réalisée dans les délais impartis. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas passer à côté de cette aide à la création d’entreprise.


Qui peut bénéficier de l’ACRE en 2025 ?

Les conditions d’éligibilité

Pour prétendre à l’exonération de charges micro-entreprise via l’ACRE, vous devez appartenir à l’une des catégories suivantes au moment de votre immatriculation :

  • Demandeur d’emploi indemnisé (bénéficiaire de l’ARE — Allocation de Retour à l’Emploi)
  • Demandeur d’emploi non indemnisé, inscrit à France Travail depuis plus de 6 mois au cours des 18 derniers mois
  • Bénéficiaire du RSA (Revenu de Solidarité Active)
  • Bénéficiaire de l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique)
  • Jeune entre 18 et 25 ans révolus (jusqu’à 29 ans en cas de reconnaissance de travailleur handicapé)
  • Personne de moins de 30 ans non indemnisée ne remplissant pas la condition de durée d’activité suffisante pour ouvrir des droits à l’assurance chômage
  • Salarié ou licencié d’une entreprise en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire qui reprend tout ou partie de l’activité
  • Personne créant une entreprise dans un quartier prioritaire de la ville (QPV)
  • Bénéficiaire de la PreParE (Prestation Partagée d’Éducation de l’Enfant)
  • Travailleur indépendant créant ou reprenant une activité dans certains territoires ruraux

Cette liste est encadrée par l’article L.5141-1 du Code du travail. Si vous ne faites partie d’aucune de ces catégories, vous ne pouvez malheureusement pas prétendre à l’ACRE.

La règle du non-cumul

Il n’est pas possible de bénéficier deux fois de l’ACRE. Si vous avez déjà obtenu cette exonération pour une précédente création d’entreprise au cours des 3 dernières années, votre demande sera rejetée.


Quel est le taux d’exonération et combien cela représente concrètement ?

Les taux de cotisations ACRE 2025

Grâce à l’ACRE, les auto-entrepreneurs éligibles bénéficient d’une réduction de 50 % sur leurs cotisations sociales pendant les 4 premiers trimestres civils suivant la date de début d’activité. Les taux habituels sont donc divisés par deux :

Secteur d’activitéTaux normalTaux avec ACRE
Vente de marchandises (BIC)12,3 %6,15 %
Prestations de services commerciales/artisanales (BIC/BIC)21,2 %10,6 %
Activités libérales (BNC)21,1 %10,55 %
Location meublée (BIC)21,2 %10,6 %

Attention : ces taux sont applicables sur le chiffre d’affaires encaissé, comme c’est la règle dans le régime micro-entrepreneur.

Un exemple concret pour mesurer l’économie réalisée

Prenons le cas de Léa, graphiste freelance qui crée sa micro-entreprise en activité libérale en janvier 2025 après une période de chômage indemnisé. Elle réalise un chiffre d’affaires mensuel moyen de 2 500 € HT.

  • Sans ACRE : 2 500 × 21,1 % = 527,50 € de cotisations par mois
  • Avec ACRE : 2 500 × 10,55 % = 263,75 € de cotisations par mois
  • Économie mensuelle : 263,75 €
  • Économie sur 12 mois : environ 3 165 €

Pour un prestataire de services réalisant 3 000 € de CA mensuel, l’économie annuelle dépasse facilement 4 000 €. Cette somme peut financer du matériel, une formation, ou tout simplement sécuriser la trésorerie des premiers mois.


Comment faire la demande d’ACRE ?

La procédure de demande

Contrairement à certaines idées reçues, l’ACRE ne s’obtient pas automatiquement. Il faut en faire la demande, et respecter un délai précis.

Étape 1 — Immatriculation de la micro-entreprise Créez votre auto-entreprise sur le guichet unique de l’INPI (guichet-entreprises.fr), qui est devenu depuis janvier 2023 le point d’entrée obligatoire pour toute immatriculation.

Étape 2 — Dépôt de la demande ACRE Vous disposez de 45 jours calendaires à compter de la date de début d’activité déclarée pour déposer votre demande d’ACRE. Passé ce délai, la demande est irrecevable, sans exception.

La demande se fait via le formulaire cerfa n°13584*03, accompagné des justificatifs prouvant votre éligibilité (attestation France Travail, justificatif RSA, acte de naissance pour les moins de 26 ans, etc.).

Ce dossier est à adresser à l’URSSAF de votre région, qui instruit la demande et notifie la décision dans un délai de 30 jours. En l’absence de réponse dans ce délai, la demande est considérée comme acceptée.

Étape 3 — Application de l’exonération Une fois l’ACRE accordée, l’URSSAF applique automatiquement les taux réduits sur vos déclarations de chiffre d’affaires. Vous n’avez rien d’autre à faire.

Les justificatifs à fournir selon votre situation

  • Demandeur d’emploi indemnisé : attestation ARE de France Travail datant de moins de 3 mois
  • Bénéficiaire du RSA : attestation de la CAF ou du conseil départemental
  • Moins de 26 ans : copie de la pièce d’identité (la date de naissance suffit)
  • Création en QPV : attestation de la mairie ou de la préfecture confirmant l’adresse du siège dans un quartier prioritaire

Durée de l’exonération : ce que vous devez savoir

Les 4 trimestres civils

La durée de l’ACRE est fixée à 4 trimestres civils à compter du début d’activité. Attention, il s’agit de trimestres civils et non de trimestres glissants : si vous débutez votre activité le 15 mars 2025, votre exonération couvre :

  • T1 2025 : du 15 mars au 31 mars 2025
  • T2 2025 : du 1er avril au 30 juin 2025
  • T3 2025 : du 1er juillet au 30 septembre 2025
  • T4 2025 : du 1er octobre au 31 décembre 2025

Dans ce cas, vous bénéficiez de l’ACRE jusqu’au 31 décembre 2025, soit en pratique un peu moins de 10 mois complets. Pour maximiser la durée réelle de l’exonération, il peut donc être stratégique de créer votre micro-entreprise en début de trimestre (janvier, avril, juillet ou octobre).

Après l’ACRE : le retour aux taux normaux

À l’issue des 4 trimestres, les cotisations sociales reviennent aux taux normaux de plein droit. Il n’existe plus, depuis 2020, de dégressivité progressive sur les 2e et 3e années comme c’était le cas auparavant. Le passage se fait donc brutalement : prévoyez en conséquence d’ajuster votre tarification ou vos réserves de trésorerie avant la fin de la période d’exonération.


ACRE et autres aides cumulables

Cumul avec l’ARE (chômage)

Si vous êtes demandeur d’emploi et que vous créez votre auto-entreprise tout en conservant vos droits à l’assurance chômage, vous pouvez cumuler l’ACRE avec le maintien partiel de l’ARE, via le dispositif dit “ARE + création d’entreprise”. France Travail verse alors une partie de vos allocations en complément de vos revenus d’activité, selon des règles de calcul spécifiques.

L’ACRE et l’ARE peuvent donc coexister, ce qui représente un filet de sécurité considérable pour lancer son activité sereinement.

Cumul avec l’ARCE

L’ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise) est une alternative à l’ARE maintenu : au lieu de toucher ses allocations chômage mensuellement, le créateur peut demander à percevoir 60 % du reliquat de ses droits en deux versements (au démarrage et 6 mois plus tard). L’ACRE est cumulable avec l’ARCE, mais les deux dispositifs répondent à des logiques différentes — l’ARCE apporte un capital de départ, l’ACRE réduit les charges récurrentes.

Cumul avec le Nacre

Le dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise), géré par la Caisse des Dépôts, propose un accompagnement professionnel sur 3 ans ainsi qu’une aide au montage financier. Il est compatible avec l’ACRE et s’adresse notamment aux créateurs qui envisagent de solliciter un prêt à taux zéro auprès d’un réseau d’accompagnement agréé.


Les erreurs fréquentes à éviter

Dépasser le délai de 45 jours

C’est l’erreur la plus courante et la plus coûteuse. De nombreux auto-entrepreneurs, absorbés par les démarches de lancement, oublient de déposer leur demande dans le délai imparti. Aucune dérogation n’est accordée, quelle que soit la raison invoquée. Notez la date limite dans votre agenda dès votre immatriculation.

Confondre début d’activité et date d’immatriculation

La date de début d’activité que vous déclarez lors de votre immatriculation est celle qui fait foi pour le calcul du délai des 45 jours. Si vous vous immatriculez le 1er mars mais déclarez un début d’activité au 1er avril, le délai court à partir du 1er avril.

Négliger la vérification de l’acceptation

Vérifiez bien que votre URSSAF a bien enregistré et validé votre demande. Certains auto-entrepreneurs constatent, lors de leur première déclaration, que les taux réduits n’ont pas été appliqués faute d’une validation correcte. En cas de doute, contactez directement votre URSSAF ou vérifiez depuis votre espace personnel sur autoentrepreneur.urssaf.fr.

Oublier de déclarer son CA même en période d’exonération

L’ACRE réduit vos cotisations mais ne supprime pas l’obligation de déclaration. Même si vous n’avez encaissé aucun chiffre d’affaires un mois donné, vous devez déclarer “0” dans les délais. Un oubli répété peut entraîner une radiation d’office.


ACRE et secteurs exclus : les activités non éligibles

L’ACRE s’applique à la grande majorité des activités exercées en micro-entreprise, mais certaines sont exclues ou soumises à des règles spécifiques :

  • Les activités agricoles rattachées à la MSA (Mutualité Sociale Agricole) ne relèvent pas de l’URSSAF et font l’objet d’un traitement distinct
  • Les auto-entrepreneurs exerçant déjà une activité principale en tant que salarié à temps plein peuvent voir leur demande soumise à vérification selon leur situation exacte

Dans tous les cas, c’est l’URSSAF qui statue sur l’éligibilité après examen du dossier.


Ce que l’ACRE ne couvre pas

L’exonération ACRE porte uniquement sur les cotisations sociales de base (maladie, retraite, allocations familiales). Elle ne dispense pas de :

  • La contribution à la formation professionnelle (CFP), qui reste due au taux normal
  • La taxe pour frais de chambre consulaire (CCI ou CMA selon l’activité)
  • La TVA, si vous dépassez les seuils de franchise en base (37 500 € ou 85 000 € selon le secteur en 2025)
  • Les impôts sur le revenu via le versement libératoire ou le barème progressif

Conseil actionnable pour optimiser votre ACRE dès maintenant

Si vous êtes éligible à l’ACRE et que vous envisagez de créer votre micro-entreprise dans les prochaines semaines, planifiez votre date de début d’activité en début de trimestre civil — idéalement le 1er juillet ou le 1er octobre 2025. Vous profiterez ainsi de l’exonération sur 4 trimestres complets, soit une durée réelle de 12 mois d’exonération à 50 %, au lieu de 9 ou 10 mois si vous démarrez en milieu de trimestre.

Parallèlement, dès votre immatriculation, préparez vos justificatifs ACRE à l’avance (attestation France Travail, notification RSA, etc.) et soumettez votre demande dans les 10 premiers jours suivant votre date de début d’activité. Vous éviterez ainsi tout risque de dépassement du délai de 45 j

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